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    34° anniversaire de la mort de Jean-Paul I

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    CatholiquedeFrance

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    34° anniversaire de la mort de Jean-Paul I

    Message par CatholiquedeFrance le Jeu 27 Sep - 11:00

    Cela fera demain 34 ans que Jean Paul 1° est mort. 34 ans ont passé et je ne peux toujours pas penser à Lui sans que mes pauvres yeux soient inondés de larmes. Peut-être ceux qui ont connu ou vécu sous le Bienheureux Pontificat de Pie X ou sous le Règne de Saint Louis ou de Henri III ont-ils ressenti la même chose ! "...Mais délivrez-nous du Mal, ainsi soit-il !"


    Jean-Paul Ier, le pape du Cœur de Marie


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    Sous le titre « Le saint que Dieu nous a donné », l'abbé de Nantes commençait son éditorial d'octobre 1978 ainsi : « Hélas ! le Père que l'Église nous avait donné dans la joie universelle le 26 août au soir, trente-trois jours plus tard Dieu l'a rappelé soudainement à Lui, le 28 septembre, pour notre chagrin à tous et notre consternation. " Dieu nous l'a donné, Dieu nous l'a repris, que son Saint Nom soit béni " (Job 1, 21). Et pourtant, en l'apprenant au matin du 29 septembre, nous nous sommes sentis orphelins comme cela ne nous était pas arrivé depuis vingt ans. » À ceux qui prétendirent que cette mort subite était un signe de châtiment, ou encore la preuve que les cardinaux s'étaient trompés en le choisissant comme 263e successeur de Pierre, notre Père répondait : « Nous nous serions montrés indignes d'un tel don de Dieu ; alors il nous l'aurait retiré. Bêtise que cette évocation grandiloquente de la Colère de Dieu au moment où tous se sentent au contraire touchés par une grâce mystérieuse, sanctifiés par le passage de cet agneau innocent, saintement émus par le sacrifice du Pasteur très bon qui donnait sa vie pour son troupeau et dont le sacrifice s'est trouvé accepté. » Et d'affirmer : « Sur la foi de son passé, j'ai tout de suite annoncé en Jean-Paul 1er " un saint Pie X qui s'ignore" (CRC n° 133, septembre 1978) et je m'apprêtais à écrire la chronologie de ce premier mois de règne étonnant sous ce titre prémonitoire " le Pape de l'holocauste", pour révéler déjà ce qui se tramait. L'holocauste est venu plus vite et autrement que j'allais dire, mais la vérité du sacrifice et la sainteté de la victime n'en sont pas moins manifestes, et décisifs les effets. »

    Puis sont venus les vingt-six ans de règne de Jean-Paul II qui ont jeté sur les trente-trois jours de son prédécesseur une chape de plomb. Pourtant, notre Père ne les a jamais oubliés et n'est jamais revenu sur son enthousiasme et sa vénération du premier moment. Au contraire, c'est sous son patronage qu'il plaça le pèlerinage de notre Phalange de l'Immaculée à Fatima, en octobre 1996, l'année du plus grand péril pour notre Contre-Réforme catholique.

    Revoyons les raisons pour lesquelles notre Père aima et nous apprit à aimer ce saint Pontife, avant même que la révélation du troisième Secret de Fatima, en juin 2000, nous révèle qu'il était l'élu du Cœur de Marie.

    UN SAINT PIE X QUI S'IGNORE


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    Mgr Albino Luciani quand il était évêque de Vittorio Veneto.
    Lorsque le dimanche 26 août en fin d'après-midi, après en avoir eu le pressentiment durant le salut du Saint-Sacrement, l'abbé de Nantes apprit l'élection du successeur de Paul VI, il fut ému en entendant la voix hésitante du nouvel élu bénissant la foule rassemblée place Saint-Pierre. Cependant, il resta dubitatif, mal impressionné par ce que les journalistes disaient de ce « fils de socialiste ». Aussi réserva-t-il son jugement.

    Bien lui en prit, car, dans les jours suivants, des faits parvinrent à sa connaissance qui lui permirent de forger sa conviction : ce Pape était un don de Dieu pour la renaissance de l'Église. Dans son homélie du dimanche suivant, notre Père affirmait à la Communauté et aux quelques amis présents : « Pendant toute sa vie, du matin au soir et du soir au matin, Jean Paul 1er a été un homme de prière, un homme de Dieu. Pour ce Pape, la foi compte plus que tout au monde, la foi catholique, pour lui, c'est tout et dans ce tout de la foi catholique, il y a l'amour de Jésus, l'amour de la Vierge Marie, l'amour de l'Église, l'amour de la tradition de l'Église. Dans cet amour de l'Église, il y a la prunelle des yeux de l'Église, ce sont les pauvres. » L'éditorial de septembre 1978, sous le titre « Un autre saint Pie X qui s'ignore », développait cette pensée. À cette occasion, il fit paraître notre mensuel avec un nouveau bandeau : au titre habituel, « La Contre-Réforme catholique au XXe siècle », s'ajoutait en surimpression celui de « La Renaissance catholique au XXe siècle. »

    Pour notre Père, il était en effet inévitable qu'un tel homme de Dieu, même s'il adhérait encore à tout le Concile Vatican II, « se retrouverait lui-même en face de Dieu dans les discussions dogmatiques entre la vérité d'hier et celle d'avant-hier et, soyez sans crainte, c'est la vérité catholique traditionnelle qui triomphera. »

    C'est « un simple mot d'honnêteté, d'humilité » qui avait permis au théologien de la Contre-Réforme d'estimer tout de suite à sa juste valeur le nouveau Pontife. « Ce mot, à lui seul, défait l'hérésie, débloque l'impasse conciliaire, dira-t-il, il justifiait le règne trop bref de ce Pontife sur le trône de saint Pierre, dans l'unanimité de l'Église se reconnaissant en lui. Avouant ses luttes intimes, lors du Concile, et la difficulté de se rallier à la Liberté religieuse, il avait eu cette confidence : « Pendant des années nous avions enseigné que l'erreur n'avait aucun droit. J'ai étudié à fond le problème et, à la fin, je me suis convaincu que nous nous étions trompés. » D'un coup, la franchise du Pape restaurait le droit de tous d'être entendus, même après Vatican II, sans excommunication frauduleuse, et les vraies proportions du drame présent. Voici : Certains ont fini par se laisser convaincre ou se convaincre eux-mêmes que l'Église s'était trompée jusqu'à ce jour. D'autres sont demeurés convaincus ou ont enfin compris que se sont trompés et nous ont trompés les Novateurs de ce Concile plutôt que l'Église de toujours. Avouer l'erreur possible, la tromperie dans un sens ou dans l'autre, c'est rendre la paix à l'Église en renvoyant ces questions difficiles au domaine des libres opinions, dans l'attente d'un Vatican III dogmatique ou de définitions infaillibles du Pape.

    « C'est donc dans un climat de charité que se seraient réglés nos différends. L'heure était à l'apaisement. Jean-Paul 1er n'avait pas cette morgue des Novateurs, ce dogmatisme incroyable des Nouveaux Théologiens et Réformateurs assurés en tout de leur infaillibilité à l'encontre même de l'Église séculaire et de son magistère. Il les contraignait gentiment à prendre un bain d'humilité, préalable obligé à toute controverse constructive et, soit dit en passant, c'est ce qu'ils détestent le plus. L'autocritique pour eux, c'est, du haut de leur piédestal conciliaire, la critique de l'Église de toujours. Avec ce bon Pape, c'était de nouveau l'examen de nos pensées, de nos œuvres, à nous les vivants, à la lumière de la Révélation du Christ et de la Tradition séculaire de l'Église. »

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    Le cardinal Felici remettant le pallium
    à Jean-Paul 1er

    Depuis 1978, malgré le secret qui entoure le Conclave, les historiens ont établi que son élection très rapide s'était faite presque à l'unanimité, seuls les cardinaux européens progressistes s'y opposèrent. On a su aussi qu'il vécut cet évènement comme un calvaire, se remémorant la prédiction que sœur Lucie lui avait faite le 11 juillet 1977. À vrai dire, la pensée de Fatima ne le quittait pas. Il en parla à don Germano Pattaro, théologien de Venise, qu'il avait appelé à Rome pour le conseiller : « C'est une chose qui m'a troublé durant toute l'année. J'en ai perdu la paix et la tranquillité spirituelles. Depuis ce pèlerinage, je n'ai pas oublié Fatima. Ce que sœur Lucie m'a dit m'est devenu un poids sur le cœur. Je cherchais à me convaincre que ce n'était qu'une illusion. J'ai prié pour l'oublier. (…) Cette pensée était trop importante, trop embarrassante, trop contraire à tout mon être. Ce n'était pas croyable, et pourtant la prévision de sœur Lucie s'est avérée. Je suis ici. Je suis Pape. »

    LE PAPE DU SOURIRE


    Lorsqu'il apparut pour la première fois à la loggia de la basilique Saint-Pierre, les milliers de fidèles qui étaient accourus sur la place, et ceux qui suivaient l'évènement à la télévision, furent touchés par sa forte émotion et son si bon sourire. Comme le dira Yallop : « Tout le monde se rappelle ce sourire. Il atteignait l'âme. Après la mélancolie et la souffrance de Paul VI, le contraste provoquait un choc extraordinaire. »

    Raimondo Manzini observe quant à lui : « Le sourire de Jean-Paul 1er était sa révélation, l'expression de sa douceur, de sa bonté, de son inaltérable simplicité. Un sourire quasi inexplicable au moment où il éprouvait l'émotion de recevoir une charge si impressionnante, émotion qui traversait son âme comme un fleuve souterrain d'anxiété, mais que la foi, l'humilité, la certitude du soutien du Très-Haut, réussissaient bien à calmer. »

    Qu'aurait dit Manzini s'il avait su que sœur Lucie avait aussi révélé au cardinal Luciani la mort violente qui serait la sienne peu de temps après son élection ? Plusieurs de ses propos nous indiquent après coup combien il y pensait. Par exemple, au cardinal Sin qui lui avait annoncé qu'il serait le prochain Pape, Jean-Paul 1er lui dit après l'élection : « Vous avez été prophète, mais mon pontificat sera court. » Au cardinal Félici qui, avant son élection, lui avait dessiné un petit chemin de croix, il répondit : « il est déjà commencé », et comme le cardinal lui faisait remarquer qu'au-dessus triomphait le Christ ressuscité, Jean Paul 1er lui répliqua : « oui, mais après la mort ». Au même qui, avant son intronisation, l'aborda en lui adressant le vœu liturgique : « Que le Seigneur vous rende heureux sur cette terre ! », le nouveau Pape répondit : « Oui, heureux extérieurement, mais si vous saviez, Éminence, ce que je ressens intérieurement ! »

    Mgr Martin, le Préfet de la Maison pontificale, nota dans son journal que le nouveau Pape n'était pas dupe des applaudissements : « Et puis viennent les croix, pour moi les premières sont déjà venues ».

    Cependant Jean-Paul 1er ne laissait paraître que son sourire. « Ce Pape religieux et ferme dans la foi, si bon, si gracieux, écrivait l'abbé de Nantes, par sa seule apparition a refait l'unité cordiale du peuple chrétien sur l'essentiel qui est le culte de Dieu, la foi en Lui, la piété personnelle et le labeur des vertus, surtout l'amour fraternel. Et l'Église s'est sentie revivre, délivrée du carcan des intellectuels réformistes, des exigences insupportables de l'ouverture au monde. Il était donc si simple d'être catholique ? Le sourire du Pape montrait aussi, prêchait que c'était une joie, un bonheur. »

    « Aux applaudissements de toute l'Église, Jean-Paul 1er restaurait cette religion de toujours que nous défendions à contre-courant depuis vingt ans, et ouvertement ! face à la toute puissante révolution dite conciliaire et post-conciliaire. »

    VERS L'AFFRONTEMENT


    Il avait annoncé que ses discours seraient brefs, à la portée de tous, et qu'il les écrirait lui-même. Ses audiences générales du mercredi connurent immédiatement un immense succès. « Comme il prêche bien, on comprend tout » s'était exclamée une brave dame devant un cardinal. Et c'était vrai.

    Il avait entrepris de prêcher sur les vertus, la première dont il parla fut l'humilité. À l'audience suivante, sur la foi, il rappela fermement que « lorsque le pauvre Pape, lorsque les évêques, les prêtres enseignent la doctrine, ils ne font qu'aider Jésus. Cette doctrine ne vient pas de nous, mais du Christ ; nous n'en sommes que les gardiens, nous devons seulement la faire connaître. »

    L'abbé de Nantes remarqua tout de suite que cette prédication qui renouait avec la simplicité évangélique, renouait d'abord avec la foi dans son intégralité. C'était une rupture inverse à celle que pratiquait Paul VI. Les discours de ce dernier commençaient souvent par rappeler l'enseignement traditionnel de l'Église, mais c'était pour mieux enchaîner sur la nouveauté révolutionnaire qui seule, évidemment, produisait son effet : oui, bien sûr, la tradition, mais aussi la nouveauté. Les discours de Jean-Paul 1er étaient construits sur le schéma inverse : aujourd'hui, depuis le Concile, on dit que…, mais il ne faut pas oublier la vérité révélée ; et c'est ce rappel de la tradition qui faisait la force du discours.

    Cependant, si Jean-Paul 1er prenait le contre-pied de certaines thèses révolutionnaires comme celles des théologiens de la libération, il n'avait pas renié pour autant l'humanisme conciliaire. Partisan d'un réformisme modéré, il pensait encore pouvoir éluder la contradiction patente entre la vérité toujours enseignée et les erreurs répandues dans toute l'Église à la faveur du Concile. Mais un jour viendrait où il faudrait trancher, et le théologien de la Contre-Réforme n'était pas le seul à penser qu'il le ferait en faveur de la Vérité de toujours. Si bien que les progressistes ne tardèrent pas à lui décocher leurs flèches. On brocarda sa simplicité de curé de paroisse, on voulut le faire passer pour un anti-intellectuel, un ignorant tout juste bon à enseigner le catéchisme. On monta en épingle son ignorance des questions stratégiques et des usages diplomatiques. Comme l'indique Jean-Jacques Thierry, « ses questions naïves, sa spontanéité, son insouciance du formalisme, son ignorance des mœurs du palais et du métier de pape, suscitaient autour de lui des sourires apitoyés, des mépris condescendants, voire des soupçons déjà haineux. »

    Il n'était pas insensible à tout cela, mais il savait que désormais c'était sa croix. Il avait l'habitude de dire : « Il me suffit que Dieu soit content de moi. Ce que je crois être, je dois le minimiser, ce que les autres pensent de moi, je dois le négliger, mais ce que Dieu pense de moi, c'est cela seul qui doit m'importer. »

    Dans ces conditions, on comprend ce qu'il répondit un jour à sœur Vincenza, la religieuse à son service depuis des années, heureuse de l'enthousiasme qu'il suscitait : « Méfiez-vous de la foule qui crie facilement Hosanna, et pareillement Crucifiez-le. C'est sur Dieu qu'il faut compter, et c'est par Lui que les choses se font. »

    C'est cette même religieuse qui surprit le secrétaire du Pape dire à ce dernier : « Sainteté, c'est vous qui êtes Pierre ! C'est vous qui détenez l'autorité ! Ne vous laissez pas intimider ! »

    C'est que, de jour en jour, le Pape du sourire découvrait l'ampleur du mal répandu dans l'Église. Il confia à son ami, don Pattero : « Je commence à comprendre des choses qu'auparavant je n'avais jamais perçues. Ici, chacun dit du mal de l'autre. S'ils le pouvaient, ils iraient jusqu'à dire du mal de Jésus-Christ. »

    LE MARTYR DE SES FRÈRES


    Il faudra attendre les résultats de l'enquête du journaliste anglais David Yallop, en 1984, pour mesurer l'ampleur des oppositions auxquelles Jean-Paul 1er fut affronté. Ses révélations s'imposent par la rigueur de leur démonstration et, comme notre frère François de Marie-des-Anges l'a implacablement démontré, par l'inconsistance des contre-thèses avancées par le Vatican pour ruiner leur effet.

    Déjà dans son éditorial de septembre 1978, notre Père écrivait : « Voici ce dont il est mort : d'avoir vu qu'il faudrait sortir des voies paisibles d'un sage réformisme qui se voulait conciliaire, pour trancher dans le vif et combattre le désordre postconciliaire. S'il s'est senti trop faible pour une telle lutte, alors c'est vrai qu'il en est mort ; mais s'il avait tout de suite résolu de livrer ce combat, peut-être qu'ils l'ont tué en effet. » Et plus loin, il osait affirmer : « Jean-Paul 1er, s'il avait vécu un mois de plus, aurait commencé le nettoiement des écuries d'Augias, à partir du Vatican. Et c'est pour cela qu'il n'a pas vécu. Déjà il savait, et pourtant il allait son chemin, le sourire dans les yeux et au cœur la plus ferme résolution. »

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    Mgr Paul Marcinkus et le cardinal Villot

    On sait maintenant que, dès le lendemain de son élection, Jean-Paul 1er avait maintenu provisoirement dans ses fonctions de Secrétaire d'État, le cardinal Villot, et il lui avait donné un mois pour réexaminer toutes les opérations financières du Vatican, et lui faire rapport. Puis il prépara secrètement des démissions forcées et d'honnêtes nominations au sein de la Curie. Yallop démontre que ces simples mesures mettaient en danger tout le système maffieux mis en place par la Loge P2 pour ponctionner les finances de l'Église grâce à la complicité de l'archevêque américain Paul Marcinkus. Celui-ci, que Paul VI avait appelé à la tête de l'Institut pour les Œuvres Religieuses, autrement dit la banque du Vatican, était le protégé du cardinal Villot et des autres prélats progressistes de la curie.

    Le complot se noua au soir du jeudi 28 septembre. Ce jour-là, le Pape avait annoncé au cardinal Baggio, préfet de la congrégation des évêques, que le cardinal Cody, archevêque scandaleux de Chigaco, devait être révoqué sans délai, et que lui-même, Baggio, était nommé Patriarche de Venise, et donc éloigné de Rome. On sait que le cardinal entra alors dans une terrible colère face au Pape qui garda son calme inébranlable.

    Quelques heures plus tard, c'était au tour du cardinal Villot d'être reçu en audience pour s'entendre dire que Mgr Marcinkus devait être révoqué sans le moindre délai et que lui-même devait céder sa place au cardinal Benelli.

    Le lendemain matin, à 4 heures 45, on retrouva Jean-Paul 1er mort, dans son cabinet de toilette, et non pas comme l'affirma le communiqué officiel, à 5 heures 30 dans son lit. Le cardinal Villot, arrivé sur place dès 5 heures, fit faire à sœur Vincenza un vœu pour l'obliger à garder le silence sur ces évènements.

    À 5 heures précises, une voiture du Vatican était à la porte des embaumeurs, les frères Signoracci… il fallait donc qu'elle ait quitté le Vatican avant qu'on ne découvre le Pape mort !

    À 6 heures, un médecin signait un certificat médical, sans examen, sans autopsie, déclarant que la mort, due à un infarctus aigu du myocarde, était intervenue la veille, vraisemblablement vers 23 heures.

    En toute illégalité, car il n'était pas le cardinal camerlingue, le cardinal Villot ordonna aussitôt de vider l'appartement pontifical de tout ce qui appartenait à Jean-Paul 1er et d'y faire le grand ménage. Tout fut terminé à 18 heures, alors il posa les scellés… toutes les traces ayant été effacées ! Il n'autorisa aucune autopsie, et on interdit même aux embaumeurs de retirer le sang et les viscères.

    Notre Père disait de saint Pie X que ses ennemis avaient « eu soin de l'ensevelir sous deux ou trois Pierres pesantes. » Allusion à Pie XI, Jean XXIII et Paul VI. « Pour Jean-Paul 1er, commenta frère Bruno de Jésus, une seule Pierre a suffi : Jean-Paul II, dont les vingt six ans de règne ont effacé de la mémoire des hommes les trente-trois jours du pontificat de Jean-Paul 1er. »

    LES LEÇONS DE CE BREF PONTIFICAT


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    Les leçons de ce bref pontificat nous éclairent pourtant encore et gonflent nos cœurs d'une inconfusible espérance. L'abbé de Nantes les aperçut sur le moment : il suffisait que le Pape change, prêche de nouveau la foi catholique, donne l'exemple des vertus, pour que l'Église tout entière retrouve sa vitalité, que les conversions abondent et que les vocations se multiplient. Notre « ligne de crête » CRC – ni schisme ni hérésie ! – dont la sagesse doctrinale était déjà largement démontrée, trouvait là une confirmation pratique. Il fallait rester dans l'Église et y lutter contre l'hérésie, en attendant que Dieu veuille bien nous donner un bon Pape.

    Toutefois, en 1984, lorsque les circonstances exactes de la mort de Jean-Paul 1er, et donc l'état réel de l'Église sous le règne de Paul VI, furent mises à jour par David Yallop, notre Père en tira une autre leçon. « L'idolâtrie de l'Argent et de sa loi du Profit maximum, devenues la tare essentielle de notre monde moderne, maintenant qu'elles s'exerçaient souverainement dans la Maison de Dieu, achevaient de tout corrompre. » Albino Luciani avait « mesuré cette plaie du capitalisme international, immense fortune anonyme et vagabonde, ravageuse des familles, des institutions chrétiennes, des États, et compris qu'elle était le mal le plus profond de notre société moderne. Et depuis toujours, en ce qui le concernait, c'est à ce mal qu'il s'était attaqué. (…) Élu pape, il réformerait l'Église pour y ramener la pauvreté évangélique, réelle aussi bien que de cœur. En commençant par Rome, et dans Rome, par le Vatican, et dans le Vatican par sa banque. C'est d'avoir vigoureusement entrepris ce nettoyage difficile, dangereux, qu'il est mort. »

    « Je ne dirai plus avec Dostoïevski : c'est la Beauté qui sauvera le monde. Ni avec Maurras : c'est la monarchie qui sauvera le monde. Je ne dirai plus, comme je l'ai moi-même pensé et répété : c'est la Foi qui sauvera le monde. Maintenant, je vois dans la douce lumière du premier pape martyr de l'ère capitaliste moderne : c'est par la Pauvreté que l'Église romaine, purifiée, sauvera le monde. »

    LE PAPE DU CŒUR DE MARIE


    Tout ce qui précède est déjà largement suffisant pour justifier la vénération de notre Père envers ce doux et souriant Pontife et martyr.

    Dans les mois qui suivirent sa mort, notre connaissance d'Albino Luciani s'étoffa. Sa tendre et ardente piété mariale nous apparut comme un trait essentiel de son activité pastorale. Mais surtout, nous avons découvert sa dévotion à Notre-Dame de Fatima, en particulier par sa remarquable homélie du 6 janvier 1977, sur les évènements de la Cova da Iria. Cependant, chose notable, la mention du Cœur Immaculé de Marie en était absente. Preuve qu'il avait été impressionné par les arguments du plus farouche adversaire du message, le Père Dhanis. Toutefois, il exhorta ses fidèles à commémorer le soixantième anniversaire des apparitions et il accepta de prendre la tête du pèlerinage diocésain. C'est à cette occasion que, le 11 juillet 1977, il eut un entretien privé de deux heures avec sœur Lucie, au parloir du carmel de Coimbra. Il en sortit bouleversé.

    De ce jour, il porta comme une croix la prédiction de la voyante qu'il serait pape et martyr. Sa prédication témoigna d'un souci renouvelé du salut des âmes, il n'hésitait pas à insister sur l'existence de l'enfer et sur la possibilité pour chacun d'y tomber.

    À son ami don Pattaro, il confia peu de temps après son élection : « Si je vis, je retournerai à Fatima pour consacrer le monde et particulièrement les peuples de la Russie à la Sainte Vierge, selon les indications que celle-ci a données à sœur Lucie. »

    LE PAPE DU SECRET


    Aussi, lorsque le 13 octobre 1996, au milieu de la foule des pèlerins, notre groupe brandissait sa bannière ornée de l'image de Jean-Paul 1er, face au cardinal Ratzinger et au clergé, le Pape du sourire n'était encore pour nous que « la figure annonciatrice du Pape qui fera les volontés de la Vierge au Cœur Immaculé. »

    En juin 2000, la révélation officielle du texte de la troisième partie du Secret de Fatima, nous fit comprendre que, le 11 juillet 1977, sœur Lucie avait en fait reconnu dans le cardinal qui célébrait la messe au carmel de Coimbra, celui qu'elle avait vu, le 13 juillet 1917 : « dans une lumière immense qui est Dieu : quelque chose de semblable à l'image que renvoie un miroir quand une personne passe devant : un évêque vêtu de blanc. Nous eûmes le pressentiment que c'était le Saint-Père. » Sans lui révéler textuellement le secret, elle pouvait bien lui dire qu'il serait pape et martyr puisque, poursuivait la vision :

    « Plusieurs autres évêques, prêtres, religieux et religieuses, gravissaient une montagne escarpée, au sommet de laquelle était une grande Croix de troncs bruts comme si elle était en chêne-liège avec l'écorce ; le Saint-Père, avant d'y arriver, traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d'un pas vacillant, affligé de douleur et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu'il trouvait sur son chemin ; parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande Croix, il fut tué par un groupe de soldats qui lui tirèrent plusieurs coups et des flèches… »

    Ce texte, a priori déroutant, notre Père l'a compris grâce à sa propre dévotion au Cœur Immaculé. Le 13 juillet 1917, Notre-Dame a montré aux pastoureaux ce qui occupait son Cœur maternel. En effet, les scandales du Vatican, les hérétiques, les scandaleux, l'Immaculée ne veut pas les connaître. Mais ceux qui ressemblent à son Divin Fils, parce qu'ils prient et s'offrent en sacrifice pour le salut des âmes, c'est autre chose ! Contrairement donc à ce qu'on attendait, à savoir un troisième Secret accusateur, le message fidèlement transmis par sœur Lucie nous présentait le Secret de Marie, Mère des Douleurs : la considération du sacrifice de ses enfants, au premier rang desquels ce Pape découronné, qui offraient leur vie pour la conversion d'un monde devenu apostat.

    Or, dans le texte original du Secret, sœur Lucie avait écrit Blanco, ce qui en portugais signifie blanc, avec une majuscule. Et Blanco en italien se dit : Bianco ou Albino. Et lumière se dit en italien : Luciani. Quant à l'image de cet Évêque vêtu de blanc qui ne fait que « passer », n'était-ce pas l'évocation de ce si bref pontificat qui se termina par le martyre que nous savons ?

    C'est donc la révélation du Troisième Secret qui donne au pontificat de Jean-Paul 1er toute sa signification, confirmant ce que le cœur et l'intelligence de notre Père avaient déjà compris. Ce Pontificat nous a été donné pour affermir notre espérance et notre attachement filial inébranlable à l'Église. En ce court pontificat prodigieux comment ne pas voir la main de Dieu ? La révélation de sainte Brigitte sur la mort prématurée d'Innocent VI tellement aimé de tous parce qu'il succédait au trop fastueux Clément VI peut s'appliquer à Jean-Paul 1er : « D'un meilleur métal que son prédécesseur, mais la malice des hommes exigeait qu'il partît tôt de ce monde, pour qu'il gardât intact le mérite de sa bonne volonté ».

    « Mais nous, qui avons hérité de ses enseignements, qui voulons imiter ses vertus et assimiler sa sagesse, nous savons que bien proche est sa résurrection » disait notre Père de saint Pie X. La conclusion est la même pour cet autre saint Pie X qui s'ignore : « Oui, il reviendra avec son cœur immense, avec son cœur de flamme, son âme de pauvre et son sourire. Il reviendra ! Et le Cœur Immaculé de Marie triomphera !»


    Jean-Paul 1er, le Jésus-Christ du XXe siècle


    Le 19 novembre 2000, à l'issue de la réunion publique à Paris consacrée à Jean-Paul 1er, l'abbé de Nantes prit la parole avec beaucoup d'émotion :

    « La Vierge Marie est aimable à son Fils plus que toute créature. Elle est aimable au Père omnipotent, parce que c'est sa plus belle créature qu'il chérit. Dans nos moments difficiles, quand Satan est prêt à dévorer l'humanité, il n'y a qu'une seule personne qui puisse lui écraser la tête : c'est Elle qui est le réceptacle de toutes les faveurs que Dieu peut inventer pour l'humanité.

    « Pour la faire triompher, Il a trouvé, dans sa capacité d'invention divine, ce moyen : faire naître dans l'Église moderne un homme ayant l'Esprit de Dieu qui va supporter toutes les attaques du démon et être tellement en horreur à tous ses ennemis qu'ils vont le mettre à mort. Comme Jonas autrefois, comme Joseph de l'Ancien Testament et souverainement, comme Jésus-Christ.

    « Jean-Paul 1er est le Jésus-Christ du XXe siècle. En tant que tel, il est détesté de tous les ennemis de Dieu et polarise sur son dos toutes les horreurs, toutes les haines de ceux qui se sont donnés au diable et de ceux qui, par libéralisme, par nonchalance, par goût d'originalité ont marché dans la cohorte des libéraux et de ceux qui abandonnent la partie. C'est quand même formidable ! On tue un Pape à Rome et personne ne bouge !

    « Alors, ce que je crois, c'est que nous allons vers des jours terribles, qu'il y aura beaucoup à souffrir, parce que les grandes choses ne se font que dans la douleur. Mais un jour viendra où l'Église commencera à se relever, elle se retournera vers ce pauvre Luciani. Beaucoup de chrétiens auront un mouvement surnaturel du cœur qui vient d'une indignation formidable à la pensée de toutes les vexations qu'on lui a faites. Et là, par ce fait même, ils retrouveront le Cœur de la Vierge Marie qui les bénira d'avoir fait quand même attention à son Serviteur. »


    La Renaissance catholique n° 161, octobre 2008
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    Re: 34° anniversaire de la mort de Jean-Paul I

    Message par Admin le Jeu 27 Sep - 14:32

    Merci ! prière

    ps : j'ai centré les photos et les titres sourire


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