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    Après-demain : le 11 novembre !

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    CatholiquedeFrance

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    Après-demain : le 11 novembre !

    Message par CatholiquedeFrance le Ven 9 Nov - 15:31

    La mort d’amour
    des soldats de la Grande guerre



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    Que fut la Grande Guerre de 1914-1918 dépouillée de tous les faux-semblants dont elle est revêtue depuis maintenant près de cent ans, à l’école et dans les livres ? Un carnage sciemment poursuivi pendant plus de quatre ans par d’horribles, ambitieux et mauvais chefs, politiciens ou généraux aux idées politiques (républicaines, maçonniques ou démocrates-chrétiennes), et stratégiques (l’offensive à outrance chère aux généraux Foch, Nivelle et consorts...), déplorables, absurdes, criminelles ! (...)

    « Le feu tue ! » La sagesse de cet aphorisme enseigné par le colonel Pétain avant la guerre comme devant nécessiter une révision de stratégie, le même, devenu général et vainqueur de Verdun, l’imposera difficilement à partir de 1917. Si les soldats français de première ligne, des deuxièmes classes aux colonels, ont trouvé en ce chef un père qui comprenne et atténue leurs souffrances, l’histoire républicaine ne nous dit rien du motif profond de leur héroïque courage, et pour cause, il fut religieux.

    Mus par un instinct venu du fond des âges chrétiens et de leurs habitudes d’enfance catholique, nos soldats ont adopté l’attitude, le comportement, l’esprit que requérait l’horrible déchaînement infernal de la guerre où ils n’étaient que fétus de paille jetés de-ci de-là par la mitraille et bientôt peut-être déchiquetés. Alors, finis les discours politiques, et l’anticléricalisme, les blasphèmes et le socialisme... et de se croire quelqu’un en face de Dieu, quand on n’est rien... rien que l’objet de sa douce miséricorde et tendresse. En voici quelques exemples parmi tant d’autres.

    Nous sommes en pleine retraite allemande, après la victoire de la Marne, le 14 septembre 1914, dans une ferme du secteur de Noyon. Les Français se sont repliés, laissant leurs morts et leurs blessés, l’aumônier, le Père Doncoeur est resté. Son sang-froid, sa connaissance de la langue allemande, ont imposé respect aux Allemands et ont sauvé la vie aux blessés. La nuit se passe à panser, nettoyer, donner à boire, calmer et confesser. Dans la matinée, des officiers allemands lui font dire qu’il y a dans la campagne un blessé français abandonné.

    « Quand j’arrivai près de lui, je me mis à genoux et, me penchant :

    – C’est moi, lui dis-je.

    – Qui ça ? demanda-t-il.

    Je m’aperçus alors que ce malheureux, dont la tête était en sang, avait le front ouvert et les yeux arrachés.

    – C’est l’aumônier du 115e, dis-je, très ému, qui vient te chercher, mon petit.

    – Ah ! Monsieur l’aumônier, que la Sainte Vierge est bonne !

    Il leva alors son bras droit qui tenait un chapelet :

    – Toute la nuit, je l’ai priée pour qu’un prêtre passe par ici. Comme je suis heureux !

    L’aumônier l’embrasse :

    – Eh bien ! mon petit, la Sainte Vierge m’amène. Tu vois. Nous allons t’emmener. »

    Le plus doucement possible, l’aumônier le soulève. Il a une jambe brisée. Il est tombé la veille à 7 heures du matin, puis il est resté là tout le jour. Vers 4 heures, les Allemands sont venus sur lui, l’ont retourné ; il a montré sa jambe brisée et, à bout portant, ils lui ont tiré deux balles dans la tête.

    Et il est resté là toute la nuit à dire son chapelet.

    « Il grelottait de fièvre dans les betteraves glacées de la rosée de la nuit. Je le ramenai à la ferme. Je le pansai. Il souriait de bonheur. Chaque fois que je me penchai sur lui, il redisait : “ Je vous salue, Marie ”, et répétait : “ Comme je suis heureux, Monsieur l’aumônier ! Comme elle est bonne de vous avoir mis ici près de moi ! ”

    Il mourut à trois jours de là, dans un sourire. »

    **
    1915, durant l’offensive de Champagne, longuement préparée, espérée aussi comme la dernière attaque qui doit remporter la victoire. Le 23 septembre, les colonels montent à leur poste de combat. (...) Les aumôniers de bataillons sont partout : sous les torpilles allemandes, ils montent en ligne et, dans les tranchées, apportent à tous le suprême réconfort. Les jeunes un peu tremblants, les vieux très graves, livrant le dernier message pour la famille :

    « Vous écrirez, n’est-ce pas, monsieur l’aumônier ? »

    **
    Le Père Doncœur termine sa journée par le colonel Henri Tesson, commandant le 35e. Il raconte :

    Que faire ? Vieux colonial, d’une bonté toute cordiale : “ Moi, m’avait-il dit cent fois pour me taquiner, je suis musulman. Inutile d’essayer ! ” Mais il aimait beaucoup ses aumôniers qui le lui rendaient de tout cœur.

    “ Restez ici, dis-je à mon compagnon, priez les anges ” ! Je descendis, une trentaine de marches ; j’en aurais souhaité six cents ! J’étais devant la porte. Je frappai. “ Entrez ! ” Je vis le colonel debout, venant vers moi, tandis que l’officier-adjoint disparaissait.

    – “ Bonsoir, mon colonel, lui dis-je, je viens de confesser tout notre régiment.

    Ses paupières battirent et, moqueur :

    – Je vous vois venir, Monsieur l’aumônier.

    – Bien sûr, mon colonel, je viens tout droit, je veux finir par vous.

    Et le regardant dans les yeux, je découvris que son âme s’ébranlait, puis il se fit très doux, et très affectueux :

    – C’est qu’il y a trop longtemps, me dit-il, je ne sais plus !

    – Je saurai pour vous, mon colonel, quant au temps, il ne fait rien à la chose. Vous allez voir comme ce sera facile.

    Ce fut en effet très facile. Quand la confession fut terminée :

    – Voulez-vous communier, lui dis-je ?

    Son regard m’interrogea...

    – Oui, je vous apporte le Bon Dieu.

    – Faut-il me mettre à genoux ?

    – Si vous voulez, mon colonel.

    Je dis les paroles latines et quand je lui donnai l’hostie, je vis sur cette virile figure aux grands traits, aux fortes moustaches noires, des larmes couler. J’étais très ému. Je me mis à genoux, puis tous deux, d’un même mouvement, nous nous embrassâmes et je fis pour lui l’Action de grâces.

    – Mon père aurait agi ainsi, me dit mon colonel, et ma mère, comme elle va être heureuse !

    – À Dieu, lui dis-je, vous avez beaucoup à faire pour demain...

    Le lendemain, 25, à 9 heures, ce fut l’hécatombe. Le 26, le 27, il commandait dans les lignes allemandes les débris de dix régiments jetés dans la fournaise. Il était splendide de paix intérieure au milieu de cet enfer de Navarin. Le 28, à 5 heures du matin, rameutant, le revolver au poing, les vagues d’assaut, il fut broyé par un obus en avant des lignes...

    Six mois plus tard, je reçus du fond de la Bretagne une pauvre lettre tremblée.

    “ C’est, Monsieur l’aumônier, une vieille maman qui a enfin le courage de vous écrire. Je crois qu’il suffira que je vous transcrive ce dernier billet que j’ai reçu d’Henri : Je sais que je te ferai plaisir en te disant que je me suis mis en règle avec le Bon Dieu. L’aumônier est venu. Je l’attendais... Cela n’a pas été long. Mon vieux fond religieux est vite revenu. Je me suis confessé, et j’ai communié. Je l’ai fait avec conviction et aussi en pensant à toi. Je me suis trouvé très ému devant ce grand acte et, pour tout dire, c’est avec plus de crânerie que j’affronterai demain la mort. À Dieu ! »

    Le 29 au soir, le Père Doncoeur et un confrère parcourent le champ de bataille à la recherche des blessés de quatre jours de combat.

    « Un étrange silence pesait sur ce terrain que déchirait tout à l’heure la rage des artilleries. Seuls parfois se rallumaient l’étincellement et le crépitement des grenades ; autour de nous, les balles tirées par des guetteurs apeurés passaient en cassant les branches. Nous allions, prêtant l’oreille aux gémissements, quand, en traversant un petit bois, j’entendis un chant venir à nous, très doux. Je reconnus une mélodie du Gloria in excelsis de la messe ! Je regardais mon compagnon avec surprise, quand la lueur d’une fusée nous montra, étendue à nos pieds, une forme allongée... C’était ce soldat qui chantait ! Nous nous glissâmes à genoux et, me penchant, je discernai la figure toute jeune d’un petit soldat du 35e qui dormait, les traits détendus, les yeux clos, les lèvres entrouvertes. Un murmure monta... Et c’était cette fois une phrase du Pater. “ Il rêve ”, me dit mon compagnon. En effet, son caprice, reprenant en arrière, murmurait le triple appel du Sanctus. Nous nous regardâmes, malgré nous inquiets. Serait-il blessé ? La fièvre ? Nous appelâmes ; aucune réponse. Je le secouai. Alors plus doux, les lèvres laissèrent échapper un dernier chant, le triple Agnus Dei de la messe... Nous ne découvrions cependant aucune trace de blessure. “ Il faut le retourner ”, dis-je au brancardier, et nous le prîmes par l’épaule. Il s’abandonna comme l’enfant que sa mère retourne dans son berceau parce qu’il rêve et, la petite tête se laissant aller sur l’herbe, nous aperçûmes à l’arrière du casque un mince trou noir. Ainsi, une balle dans la nuque, cet enfant agonisait à la face du Ciel, et de son passé de petit paysan remontaient les chants de son église de village ! Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem ! Ce fut son suprême appel à Celui qui, en effet, porta les péchés du monde, pour lui donner en retour le bienfait de sa paix. »

    N’avait-il donc pas raison, ce prêtre, d’écrire à ses parents :

    « Plus je vais, plus je suis frappé par le sens mystique de la guerre !... Quelque chose comme une messe où l’autel serait l’Europe entière et les victimes les soldats qui tombent chaque jour. Dans cette image lumineuse et grandiose, les petites misères quotidiennes se fondent et la réalité brutale s’efface. Le blessé que je transporte devient le membre visible du Christ immolé et les bruits tragiques de la lutte deviennent l’accompagnement de cet office. Je ne suis qu’un petit rouage, qu’un petit choriste dans cette messe immense, mais j’y joue mon rôle obscur ici-bas, tandis que nos chers morts y continuent le leur dans la splendeur du Ciel... »

    Et cet autre qui décrit si bien le ministère de l’aumônier militaire :

    « J’ai songé avec joie à la parabole du Samaritain. Lui, avait son âne pour porter le blessé de la route de Jéricho. Nous n’avons que nos épaules. Nous sommes les bêtes de somme du champ de bataille... Nous sommes les Samaritains des âmes... Nous t’avons donc porté, pauvre Christ saignant, sur nos épaules. Nous avons étanché tout le sang de tes plaies. Nous t’avons donné de notre pain et de notre vin, nous t’avons aimé (...).

    « Nos petits soldats souffrent généreusement et meurent fréquemment en héros et en saints qui s’ignorent. Je sais telles et telles morts capables de racheter un peuple et je ne puis croire à la fin d’un pays où l’on meurt ainsi. En voici un exemple : la scène se passe dans le petit hôpital vosgien de Gerbéviller. On vient d’y apporter sur un brancard improvisé, fait de deux fusils et d’une capote tendue, un pauvre petit blessé, criblé de balles. Le prêtre-infirmier qui l’a confessé en route, le panse de son mieux.

    « Depuis ce moment, il ne voulut plus que je le quitte. D’une main il prenait le crucifix sur sa poitrine, de l’autre il me serrait les mains et me disait :

    – Oh ! comme le Bon Dieu est bon de m’avoir fait rencontrer un prêtre avant de mourir ! C’était mon plus grand désir ! Merci, mon père, oh ! merci. Puis, il reprenait :

    – Pensez-vous que je puisse aller au Ciel ?

    – Mais oui, mon petit, tu vas y aller... et tout droit.

    – Oh ! répétez-moi cette bonne parole. Comme cela me fait du bien !... Mais, pour aller au Ciel, que faut-il faire encore ?

    – Rien, mon ami ! Rien ! Tu as déjà fait suffisamment. Le Bon Dieu ne t’en demande pas davantage. Allons, repose-toi, dors !

    Mais lui ne voulait pas de ça !...

    – Que faut-il dire au Bon Dieu pour lui faire plaisir ?

    – Dis-lui que tu l’aimes et que tu acceptes sa volonté sainte, quelle qu’elle soit.

    – Mon Dieu ! je vous aime de tout mon cœur ! répétait-il.

    – Fais-lui le sacrifice de ta vie ; pour la France, pour tes camarades, pour ta famille et tes amis, pour obtenir le pardon complet de tous les péchés de ta vie.

    – Oh ! oui, mon Dieu ! je vous la donne ma vie, de tout mon cœur !

    « Il reçut avec empressement l’extrême-onction. Alors, épuisé, il me pressa encore les mains. Il couvrait de baisers le crucifix de plâtre que je lui avais fait passer. Pendant toute cette scène, les blessés de la salle restaient recueillis, hypnotisés en quelque sorte par la grandeur et la sainteté du cher mourant, qui allait quitter la terre dans toute la splendeur de sa jeunesse. Les Allemands eux-mêmes étaient remués jusqu’aux larmes. Ils s’étaient découverts et gardaient un silence recueilli.

    « Puis la conversation reprit de plus en plus faible et pénible, toujours plus belle et plus céleste... Son visage s’illuminait de plus en plus aussi. Mais son souffle devenait plus faible, sa respiration plus pénible. Bientôt il suffoqua... Comme je pus, je le relevai un peu, de manière à lui placer la tête un peu plus haute sur son oreiller. Ses yeux si doux se fixèrent sur moi avec affection. Ils semblaient vouloir me remercier et surtout me faire comprendre quelque chose. Ses lèvres remuèrent enfin. Je m’approchai plus près de lui encore. Et de sa voix de mourant, il me supplia :

    – Dites, mon Père, je voudrais vous demander une faveur, mais c’est tellement vous demander que je n’ose pas...

    – Parle, mon petit, tu es mon frère, parle, n’aie pas peur...

    – Eh bien ! si vous le permettiez, je voudrais vous embrasser... et que vous m’embrassiez aussi vous-même... pour ma mère.

    « Me penchant alors sur lui, je lui donnais ce baiser maternel qu’il réclamait si tendrement avant de s’endormir dans la paix du Seigneur. Lui me pressa sur sa poitrine meurtrie, et doucement – j’allais dire religieusement – m’embrassa pour sa mère. Un instant après, en m’embrassant encore comme un frère :

    – Au revoir... au Ciel... me dit-il. » (...)

    Nous sommes de leur race, ce sont nos Pères. Soyons de leur foi, dans l’espérance. Partageons leur abnégation, mais jurons d’achever leur mission historique, et par notre sang, s’il nous l’est demandé, le retour de nos patries en Chrétienté, par la grâce du Sacré-Cœur de notre Christ-Roi, et l’intercession de la Vierge Marie Auxiliatrice, notre Reine au Cœur Douloureux et Immaculé !


    Extraits de la CRC n° 308, décembre 1994, p. 1-4

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